
Le tatouage de bouche peulh, connu sous le nom de tunpagalle fait partie des coutumes les plus emblématiques du Mali, il est une expression culturelle profondément ancrée dans les traditions. Les femmes peules sont les principales pratiquantes de cette tradition, qui revêt diverses significations.
Le tatouage de bouche est considéré comme un symbole de leur identité culturelle ou même pour sublimer leur beauté naturelle. Le tunpagalle permanent de la zone buccale et des gencives en noir est une pratique indigène, curative et esthétique d’après les pratiquantes.
La pratique possède une forte dimension symbolique. Dans les sociétés peules, chaque motif tatoué porte une signification propre, souvent liée à la lignée familiale, à la tribu ou aux croyances spirituelles. Ces marques ne sont pas visibles aux yeux des étrangers, mais leur compréhension est essentielle pour ceux qui en sont porteurs.
Dans le contexte culturel malien, les tatouages ne sont pas simplement des ornementations corporelles, ils sont les témoins d'un rituel de passage, des qualités de mémoire collective qui conserve l'histoire.
Malgré leur richesse symbolique et culturelle, les tatouages peulhs sont aujourd'hui confrontés à de nombreux défis, principalement dus à la mondialisation et à l'influence croissante des cultures occidentales.
Le Mali, tout comme de nombreux pays africains, est de plus en plus exposé aux normes et standards de beauté globaux, souvent dominés par des critères esthétiques étrangers. L'émergence de nouveaux modèles sociaux, favorisant les caractéristiques de beauté modernes, tend à marge ces traditions anciennes.
Dans les grandes villes du Mali, certains jeunes, influencés par la mode et les tendances mondiales, se détournent des traditions telles que le tunpagalle.
Mme Binta Bolly grande commerçante mariée à un fonctionnaire assez aisé à Kalaban Coura, porteuse d’un tatouage de bouche nous confie : « je suis mariée aujourd’hui et j’ai 3 filles qui n’ont pas été tatouées. On m’a tatouée la bouche à Mopti quand j’étais très petite. C’est une pratique pour moi qui n’est pas nécessaire car elle ne met pas en valeur nos maquillages modernes. J’ai appris que des professionnels peuvent me débarrasser de ça dans une institut de beauté avec le laser et je compte le faire dans les jours à venir ».
Cela montre que la pratique est de moins en moins courante. Elle continue d'être célébrée et préservée par les générations plus âgées, qui voient en elle un outil de transmission des valeurs et des traditions de leurs ancêtres contrairement aux jeunes générations qui ne voient pas l’intérêt de porter cette tradition qu’elles trouvent démodée et pas esthétique.
Le tatouage de bouche peulh, au-delà de son aspect esthétique raffiné, est un symbole puissant de l'identité culturelle des Peules du Mali. Ce rite ancestral, pratiqué depuis le XIXe siècle, reste un marqueur de beauté, de statut social et d'appartenance à une communauté.
Dans un monde où les influences extérieures menacent parfois de diluer les identités locales, il représente un acte de résistance, un moyen de préserver une mémoire collective et un patrimoine vivant. En défendant cette tradition, certaines, peules revendiquent leur héritage et affirment leur résilience face à la mondialisation, contribuant ainsi à la diversité culturelle de l'Afrique et du monde.
Mariam Kouyaté pour Nouvelles du Mali.